16.05.2009

Darwin et la fraternité

En ce moment, on voit partout le portrait de cet homme grisonnant et barbu, qui a l’air si calme et tranquille : en effet,  on fête le bicentenaire de la naissance de Charles Darwin, né en 1809 et aussi le 150ème anniversaire de la parution de son livre majeur, « De l’origine des espèce », en 1859.  On s’étonne presque, devant son apparente bonhommie, que ses écrits aient pu déclencher une telle fureur de protestations, de passion, de sarcasmes, de débats.  Il ne faut pas oublier que Darwin est un personnage du XIXème siècle, et qu’on ne peut comprendre ses travaux, et les réactions qu’ils ont suscités, qu’à la lumière de son temps.

Le XIXème siècle est dominé par l’idée de progrès, l’idée que tout ira de mieux en mieux (idée renforcée les progrès dans le domaine économique) et c’est dans ce contexte culturel qu’est née la théorie de l’évolution des espèces. Charles Darwin n’en est pas l’inventeur; on sait qu’il a lu l’œuvre du géologue Charles Lyell qui proposait une explication évolutive des phénomènes naturels et les travaux du naturaliste français Jean-Baptiste Lamarck, pour qui le temps produisait la transformation progressive des espèces. La nouveauté proposée par Charles Darwin porte sur le moteur qui est à la base de l’évolution, répondant ainsi à la question : qu’est ce qui fait que l’évolution pousse les espèces à évoluer dans tel sens plutôt que dans tel autre ? A cette question Darwin répond : la « sélection naturelle ». Là encore, il n’est pas tout à fait le premier, car son jeune collègue Alfred Wallace était sur le point de publier des conclusions assez voisines (pour la petite histoire, on peut noter la grande honnêteté  de Darwin qui, alors même que Wallace était absent en raison d’un voyage en Malaisie, a reconnu la contribution de Wallace lors d’une lecture conjointe de leurs travaux). Darwin est une personne très prudente, et s’il publie ses conclusions en 1859, c’est après une série impressionnante de travaux sur le terrain, en particulier en se basant sur des observations qu’il a réalisées aux îles Galapagos lors d’un voyage sur le Beagle, un vaisseau chargé de relevés hydrographiques, au bord duquel il était monté en 1831 alors qu’il venait d’achever ses études de théologie. Au cours de ce long voyage, Darwin a pu étudier les légères variations qui peuvent exister au sein d’une espèce sur des îles voisines. L’idée centrale est qu’il existe deux phénomènes indépendants : d’une part la variabilité (le fait qu’au sein d’une population, les sujets peuvent être très différents les uns des autres) et d’autre part les conditions de l’environnement favorisant la reproduction des mieux adaptés à ces conditions particulières. Ainsi, s’il fait très froid, cela va favoriser la reproduction des animaux avec le plus de fourrure. Cependant, en raison de la variabilité, il restera toujours au sein de la population des animaux avec moins de fourrure, et ces derniers seront plus adaptés que les premiers si le climat se réchauffe. Ainsi, la présence des individus les moins « adaptés » est un bienfait pour la population, puisqu’elle permet son adaptation si les conditions de l’environnement changent : les plus faibles deviennent ainsi un atout sur le long terme. En plus, d’autres traits que le fourrure participent aussi à l’adaptation d’un individu, si bien qu’il se pourrait qu’un individu avec peu de fourrure possède par ailleurs une caractéristique favorable à son adaptation, comme un bon système immunitaire. Cette théorie de la sélection naturelle a été assimilée à tort à la théorie de la « survie du plus apte ». Or, il s’agit là d’une erreur d’interprétation, puisque, comme on vient de le voir, la sélection porte sur une population (un groupe d’individus, combinant plusieurs traits de variation) et non sur des individus eux mêmes.

Cette théorie de l’évolution par sélection naturelle  a été à l’origine de bien des interprétations idéologiques, en particulier lorsque certains ont tenté d’adapter ses conclusions à l’espèce humaine. On peut évoquer le « darwinisme social »,  prôné par Herbert Spencer, penseur libéral qui défendait l’idée d’une concurrence sans règles ni limites : selon lui, puisque les individus les moins bien adaptés sont destinés à être éliminés par l’évolution, autant ne leur proposer aucun soutien. Des idées voisines étaient défendues par l’économiste Thomas Robert Malthus qui pensait qu’il ne fallait fournir aucune aide aux plus pauvres, ou par Francis Galton qui partait de ce principe pour proposer l’exclusion des plus faibles des fonctions de reproduction, ce qui correspond à l’eugénisme. Darwin n’adhérait en rien à ces interprétations qui allaient bien au-delà de sa théorie, comme en témoigne le fait que pendant 40 ans il a consacré une bonne partie de son temps à aider les plus démunis.

Il faut noter aussi que Darwin a construit sa théorie de l’évolution par sélection naturelle en se basant sur ses observations faites aux îles Galapagos, un environnement caractérisé par une végétation luxuriante et une forte densité de la faune. Peu de temps après, un autre naturaliste, le russe Pierre Kropotkine, qui menait ses travaux dans les plaines semi-désertiques de Sibérie, proposait dans son livre « L’entraide, un facteur de l’évolution » paru en 1902 un autre moteur à l’évolution des espèces : l’entraide. En effet, dans les zones de faible densité dans lesquelles il menait ses travaux, la situation n’était pas celle d’une compétition acharnée entre individus et entre espèces, et la coopération et l’aide réciproque  apparaissent donc comme un moteur de l’évolution.

Ainsi, la théorie de l’évolution porte en elle des idées très positives, et si un malaise a parfois pu s’installer, cela est essentiellement lié à des interprétations outrancières et idéologiquement marquées. Darwin est le fruit d’un dialogue avec d’autres penseurs de son temps, et ses idées sont loin d’aller à l’encontre d’idéaux de fraternité et de solidarité, comme certains ont pu le postuler.

01.05.2009

Travailler le dimanche?

Ce qui me choque le plus dans cette proposition de travail le dimanche, c'est la réaction de ceux qui se réjouissent de la possibilité d'en profiter pour faire leurs courses. Mais les gens n'ont-ils rien à faire d'autre que de consommer? Ils donnent l'impression de n'avoir pas d'autre idéal. Ont-ils oublié qu'on peut aussi passer son temps en se promenant dans la nature, en lisant, en visitant les malades ou les personnes âgées, en rendant service à une personne démunie, en faisant du bénévolat? La société de consommation prendra-t-elle le devant de la scène, avant la fraternité?

Voyage africain (suite)

Et là, nous retrouvons l'ambiance des grandes villes africaines. Nous sommes au bord de l'océan, le climat ici est difficile à supporter en raison de la moiteur de l'air.. On peut bien sûr se rafraîchir à l'aide des ventilateurs présents dans la maison, mais les coupures de courant sont fréquentes. Les plus riches ont un groupe électrogène, les autres attendent dans cette atmosphère saturée en humidité. Au loin, on entend des coups de tonnerre. Sans doute l'arrivée prochaine de la saison des pluies. Le lendemain, nous nous reposons: ballade en zem, déjeuner dans un restaurant au bord de la plage, courses. Le surlendemain, visite de notre projet au Bénin: un centre de formation pour adultes. Notre interlocuteur, Idrissou, est un jeune béninois, créateur d'une entreprise rentable, qui a tout laissé pour s'occuper d'action humanitaire auprès des siens. En discutant avec lui, je suis une nouvelle fois emmerveillée par ces jeunes africians qui se mettent au service des leurs. Après Iaovi et Alfred, c'est le troisième que nous rencontrons en une semaine. Avec des hommes de cette trempe, il y a beaucoup d'espoir pour ce continent! Mais l'heure avance, il nous faut rejoindre Lomé pour prendre l'avion qui nous ramène en France. Bref voyage, mais que d'enseignements et de souvenirs!

13.04.2009

Voyage africain

C'est le moment de quitter Alledjo pour le Bénin. Une rude journée de transport se prépare: d'abord quinze minutes de piste jusqu'au bitume, là bas nous montons dans le bus grâce auqeul nous parcourons environ 400 km jusqu'à Lomé, capitale du Togo, puis une voiture pour aller jusqu'à la station de taxis pour le Bénin, ensuite un voyage incomfortable (à 4 sur la banquette arrière du véhicule, les 2 autres passagers ne laissant qu'un tiers de la banquette pour les deux européennesque nous sommes, si bien que nous arrivons courbaturées), le passage de la frontière et ensuite l'arrivée de nuit à Cotonou.. Cotonou est une ville incroyable, située entre la mer au sud, un lac au nord, et à l'est et l'ouest les deux villes de Ouida et Porto Nuovo vec lesquelles elle fnira par fusionner. Impossile de circuler en voiture, tellement il y a des bouchons partout. Seule solution: prendre un zem (abréviation de zémidjans), c'est à dire une petite moto comme une 125 par exemple. Il y a en a environ 100 000 qui sillonnent la ville, sans autre plaque d'immatriculation qu'une plaque avec marqué "Dieu te bénisse" ou "Allah est miséricordieux". Cette absence de plaques ouvre l'avenue à toutes les fraudes, car comment repérer la moto qui a commis une infraction? le carburant est souvent frelaté (il a des oléoducs pas loin, de l'autre côté de la frontière avec le Nigéria. Nous trouvons deux chauffeurs de zems, qui n'hésitent pasà nous embarquer en prenant les bagages entre sur leurs bras, tout en conduisant.. Et nous finissons par arriver à bon port chez nos hôtes, deux membres de l'association résidant au Bénin.

11.04.2009

Kara

Nous voici donc sur la route pour Kara. Nous empruntons une route traversant une zone montagneuse; elle est à flanc de côteu et lorsque l'on regarde vers le bas, c'est le vertige! et au fond, dans la vallée, un nombre incroyable de cadavres de camions et de vieilles voitures, abandonnées. Je pense à tous ces gens, morts sans doute.. A Kara, nous nous rendons d'abord dans une bouangerie assocée à un centre de formation à cette profession. Il semble simple d'organiser la formation de la personne qui transmettra ensuite les rudiments du métier et nous quittons leslieux avec toutes les informations utiles: le coût de la formation, le coût de l'hébergement.. Nous voici à présent devant Mma Yaya. Elle est vétérinaire, extrêment compétente, mais aussi pleine de générosité. Elle nous donne toutes les informations utiles sur le prix de l'aliment pour les porcs, les cours concernant l'achat et la vente d'animaux, les modes l'élevage. Elle est prête à nous aider, et nous sommes certaines que notre projet de porcherie pour le village de Dussidé tient la route si Madame Yaya accepte de nous donner un coup, ce qui semble être le cas. Npus pouvons donc envisager la suite de notre voyage, vers le Bénin, pour visiter un autre projet, en toute sérénité.

10.04.2009

Alledjo

Avant de partir pour Kara, notre interlocuteur Alfred nous propose une visite du village d'Alledjo. L'endroit est contrasté.. D'une part, on y trouve un centre de retransmission pour les radios et télévisions, tout à fait équipé, où des séries TV s'affichent sur les écrans, donnant à voir un monde où la société de consommation est reine. Et de l'autre, les habitants dans leurs concessions en banco traditionnel, où on va de surprise en surprise en allant d'une cour à l'autre. Comme lorsque nous croisons quelques gamins en train de frire des grenouilles géantes au milieu de l'après midi! L'Afrique est plus contrastée que pauvre, et même si par certains aspects elle peut sembler pauvre, il s'agit d'une pauvreté surtout économique, mais associée par ailleurs à une immense richesse humaine et spirituelle: ces gens ont beaucoup à nous apprendre sur le don et le bonheur d'exister!

31.03.2009

Faire le point

Ce matin, il s'agit de faire le point sur les projets humanitaires que l'on nous a déjà présentés: la boulangerie en lien avec le centre de formation, la porcherie, la bergerie. Lequel de ces projets privilégier si on ne peut pas les mener tous de front? étudier certains détails dans les dossiers, pour comprendre ce qui nous manque encore comme information. Tiens, c'est quoi le prix de la nouriture pour porcs? d'une visite du vétérinaire? de la farine pour fabriquer le pain? d'une formation en boulangerie? tous ces éléments sont indispensables pour évaluer la faisabilité du projet et comme nous repartons demain vers d'autres lieux, pour visiter d'autres projets, il nous faut faire vite. Certains détails nous manquent encore: nous décidons d'aller à Kara, une ville plus importante située au nord, pour rencontrer des experts qui pourront nous renseigner..

28.03.2009

Culture du don au bord de la piste

Les habitants du village nous offrent un repas: du fou-fou d'igname et du poulet, que nous mangeons ensemble avec les habitants, à l'aide de nos mains. Puis, après un rapide tour du village qui nous montre que les habitants ont déjà été destinataires d'autres projets humanitaires comme un puit et un dispensaire, nous reprennons la piste par un chemin assez accidenté. Il faut traverser à nouveau le village de Dussidé et là, un habitant nous arrête, en nous disant qu'il veut nous faire un cadeau. Il envoie un garçon attraper un jeune coq, et nous voilà dans la voiture en compagnie de l'animal vivant, dont les pattes ont été attchées pour l'empêcher de bouger. Nous somems, Patricia et moi, peu habituées à ce genre de compagnie caquetante! Il parviendra cependant à s'échapper au cours d'une pause que nous fîmmes pour le pick nick au bord d'un barage (Alfred avait tout prévu: eau, plat, fruits, même une table et des chaises!), et il s'agira alors de le rattraper..
Au cours du chemin qui nous ramène à Allédjo, je me dis que ces gens n'ont presque rien (quelques poules, un peu d'ignames), mais qu'ils donnent le peu qu'ils ont! c'est une belle leçon à retenir. Ils ont tant de choses à nous apprendre, qu'on revient enrichi de ce voyage africain de toutes leurs belles valeurs.

25.03.2009

L'entente entre tribus

On dépeint souvent l'Afrique comme un continent déchiré par les guerres tribales, qui seraient à l'origine de tous ses maux. Pourtant, c'est l'inverse que nous avons pu observer dans le second village dans lequel nous nous sommes rendus ce jour là. En effet, les habitants nous proposent un projet de bergerie collective. Quand nous nous intéressons à la composition tribale du village et du groupement qui est chargé de gérer cette bergerie, nous découvrons qu'il réunit des kotokolis, des kabyés et des peuls, trois éthnies très différents par leur langue, leur culture, leurs danses, leur musique, leurs traditions. Les kotokolis sont principalement muslulmans et les kabyés principalement chrétiens, les peuls sont des bergers nomades. Plus impressionnant encore: le groupement comporte non seulement des personnes de diverses tribus, mais des des femmes aussi bien que des hommes. Qui a dit que l'Afrique était déchirée par les guerre tribales et misogyne? Ce que nous observons est bien différent: des personnes de diverses ethnies qui construisent ensemble un projet, qui font la fête ensemble, qui se partagent repas et vin de palme. Serais je naïve et idéaliste? je ne crois pas, je ne parle que de faits, c'est à dire d'élements objectifs que j'ai pu constater.. Donc, cessons de contempler ce continent avec ce regard toujours suspicieux et négatif: l'Afrique est belle, ses peuples font la fête ensemble!

23.03.2009

Le village de Dussidé

Aujourd'hui, notre programme prévoit de nous rendre dans deux villages pour rencontrer les habitants et parler avec eux de leur projet. Nous voilà donc à Dussidé, un petit village chrétien. Nous sommes accueillis par toute la population de village.: hommes, femmes, jeunes, vieux, enfants en bas âge (les enfants plus grands sont scolarisés). Discours des habitants qui nous souhaitent la bienvenue; discours de Patricia, présidente d'Acapahu (notre association humanitaire) qui explique les buts de notre association (plus sur http://acpahu.site.voila.fr/). Ensuite, les habitants nous parlent de leur pojet de construction d'une porcherie: les porcs qui pâturaient dans les environs ont été décimés par une épidémie de peste porcine; la seule solution est donc une porcherie collective, que tout le village entrediendrait à tour de rôle. Le bénéfice permettrait de mettre en place une sécurité sociale. En outre, ce projet permet d'améliorer le rendement agricole (en exploitant les déchets de la porcherie) et l'hygiène (en empêchant que les excréments ne soient disséminés partout). Chaque discours est traduit. Nous posons des questions, l'échange devient tonique et enthousiaste. Après cet échange, le son du tam tam et le vin de raffia offerts en partage. Puis, c'est la visite des lieux: l'endroit a été choisi avec soin, à l'écart des habitations et à proximité de l'eau. C'est vraiment beau se voir cette population soudée, cette démarche pour améliorer la coopération entre les habitants et la solidarité entre eux! Mais déjà il faut reprendre le véhicule pour aller au village suivant..

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