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Fraternité - Page 4

  • Accueillir

    Depuis quelques temps déjà, j'ai entrepris diverses démarches pour faire venir un étudiant tunisien dans mon laboratoire. Les formalités sont longues, mais voilà que de façon inattendue, Wahid (c'est son nom) m'envoie un message pour me dire qu'il arrive le lendemain matin à Orly. La nouvelle est presque brutale, tellement les choses avaient pris du retard! Je suis en déplacement à Marseille, impossible de chercher Wahid à l'aéroport (à 250 km du laboratoire). Je sollicite donc mes collègues qui répondent positivement à mon appel à l'aide pour bien accueillir Wahid. C'est ainsi que Wahid est cherché à la gare, amené chez un étudiant chez qu'il passe la soirée. J'en suis heureuse, car je sens que toute une dynamique de fraternité est née autour de lui. Je le récupère là, et, comme le CROUS est fermé, je décide de l'héberger à la maison. Le lendemain, mon programme de chef de service est déjà bien chargé et je dois une nouvelle fois faire appel à la générosité de mes collègues. L'un d'entre eux ammène Wahid s'inscrire à la Fac. Quand je reviens de mes rendez vous, je découvre la brutalité administrative. En effet, pour que Wahid obtienne sa Bourse (ce qui lui permet de vivre ici) il lui faut un compte bancaire. Mais pour ouvrir le compte, il faut une adresse. Nous allons à la Cité U et là le CROUS demande une caution et une assurance. Nous cherchons à la va-vite une assurance sur le web, mais celle que nous trouvons nécessite un paiement en ligne, ce qui signifie donc un compte bancaire. C'est donc le cercle vicieux. Dans le cas de Wahid, pas de problème puisque je suis là pour la caution et pour l'assurance. Mais sinon? enfin, nous avons la clef. Il est 18h. J'accompagne Wahid pour l'aider dans le transfert de ces lourds bagages. En rentrant dans la chambre, je vois son lit, avec juste un matelas, sans draps, ni couvertures. A ma question, il me dit qu'on lui a dit d'attendre le lendemain pour les draps! bien sûr, je rentre chez moi chercher le nécessaire, mais que ce serait-il passé si Wahid n'avait connu personne? Morale de l'histoire: a) à force de semer la fraternité, vos collègues se mettent en route à leur tour; b) sans la soucis de l'autre, la bureaucrate peut devenir bien monstrueuse!

  • Dialoguer entre chrétiens, musulmans et marxistes

    Mais que faisais-je donc à Dakar? bien sûr, découvrir le Forum Social, s'enrichir de tout ce foisonnement d'idées, d'initiatives, mais aussi animer, avec des amis, une table ronde sur ... le dialogue! c'est bien sûr la suite logique de ce que je racontais dans le billet précédant. Car il y a bien ce "melting pot" d'idées, mais parfois on a aussi l'impression que tous ces courants d'idées sont juxtaposés les uns aux autres, sans susciter beaucoup d'échanges, de possibilités de s'enrichir, de s'écouter, en particulier lorsque les racines de ces idées sont différentes, voire éloignées. Voilà pourquoi je participais là bas une table ronde dont le but était le dialogue entre chrétiens, musulmans et marxistes. Nous avons proposé une régle du jeu en 3 points: a) se battre ensemble pour des valeurs communes (paix, justice, fraternité) b) chacun gardant son identité, sans la masquer. Car parfois, au prétexte d'éviter tout motif de division, chacun masque, cache son identité. Mais alors, comment s'enricihir de la différence? la deuxième point était donc d'affirmer son identité, mais comme un don pour l'autre c) le troisième point quant à lui est se s'enrichir de ce qu'est l'autre, en enlevant tous nos préjugés et aussi toute idée de ramener l'autre à nos propres convictions..Lors de notre table ronde, une idée force a émergé: quelque soit notre horizon (marxiste, chrétien ou musulman), nous croyons tous en l'empathie comme catégorie politique.. Tout un programme, sans doute à discuter avec d'autres!

  • Forum Social

    Je rentre du Forum Social Mondial à Dakar... De quoi s’agit-il ? A première vue, un joyeux et pacifique méli mélo puisque des associations, mouvements, courants d’idées aussi divers que la Caritas, Attac, l’Alliance pour Refonder la Gouvernance en Afrique, Transform’Europe, la Cimade, le Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers Monde ou les Focolaris se réunissent en un même lieu pour débattre, échanger leurs idées et leurs initiatives en faveur d’une société plus juste, plus fraternelle. Pour eux, un autre monde est possible. Et non seulement les communications viennent de bords aussi différents, mais aussi  de toute la planète, de l’Inde au Brésil en passant par l’Afrique ou l’Europe. L’effervescence est garantie d’autant plus que chaque jour, on trouve quasiment 150 ateliers (et pendant 4 jours) de 3 heures sur la dignité humaine, la justice, l’égalité, l’accès à l’eau, la souveraineté alimentaire, la préservation des droits humains, la protection de l’environnement, la promotion de la démocratie, etc. C’est un laboratoire, dans lequel sont débattues des propositions comme par exemple le «Basic Income» (un revenu minimal garanti à chacun) ou le commerce équitable. Cette année, le Forum en est à sa 10ème édition, puisque cette dynamique a commencé en 2001 avec un 1er Forum à Porto Allègre (Brésil). Et, autre caractéristique de l’édition 2011: le Forum se tient à Dakar, au Sénégal.  En soi, le seul fait qu’un tel espace de discussion puisse se tenir presque tous les ans, à l’échelle mondiale, en réunissant des acteurs aussi hétéroclites tient déjà de la prouesse la plus improbable. Cependant, bien que ces éditions successives soient un réel succès (de 100 000 à 130 000 participants), l’organisation du Forum a déjà connu des crises majeures en particulier lorsqu’il y a 2-3 ans certains groupes occidentaux idéologiquement très marqués n’ont plus pu soutenir  financièrement le Forum. Mais c’est justement à partir de cette crise que le Forum a rebondi pour relever de nouveaux défis. En particulier, comme certaines causes pour les droits humains imposent le respect  de la culture des peuples traditionnels comme les Indiens d’Amazonie ou certaines ethnies africaines, lesquelles incluent des valeurs spirituelles et religieuses, les associations de tout bord ont du dialoguer avec cette composante religieuse. Un vrai défi, à la fois pour certains groupes peu enclins à s’ouvrir à cette dimension de l’Homme mais aussi pour les organisations religieuses, contraintes ainsi de se focaliser de façon plus explicite sur les contenus plus humanistes de leur foi. Ainsi, bien que la contribution du Forum consiste essentiellement à favoriser l’émergence de nouveaux concepts dans le domaine social, son impact se situe bien au-delà de ces limites, en particulier dans le domaine du dialogue entre les cultures et les convictions, qu’elles soient ou non religieuses. On peut ainsi conclure que le Forum est passé d’un débat exclusivement centré autour de nouvelles orientations sociales à un dialogue ouvert aussi aux diverses spiritualités.